Voiron, non, du moins pour ce qui se sait dans le milieu de l’édition, ils n’ont pas de nègres à proprement parler. Pas au sens où un autre écrit intégralement le texte que l’auteur présumé se contente de signer. Ce qui est le cas de la majorité de ce qui est publié actuellement sous des noms d’auteurs connus. Ou même très connus. Dans tous les ouvrages qui paraissent sous la signature de gens connus, la plus grande majorité sont écrits par des nègres. Il n’y a pas plus d’une dizaine d’auteurs célèbres français, moins en réalité, qui écrivent eux-mêmes les livres qu’ils signent. D’ailleurs, il n’y a pas plus d’une dizaine d’écrivains en France qui ne vivent que de leur plume et de leurs droits d’auteur. Et hélas ce ne sont pas les meilleurs.
Pour ce qui est de Musso et Levy, ils utilisent les services de personnes payées à la pige qui préparent les textes selon la recette et le style de l’auteur. Et l’auteur se contente de reprendre ces textes et, soit de les réécrire avec son style personnel, soit le plus souvent, ce qui est le cas de ces deux là , de les adapter à leur style. Mais le modèle de base de leurs ouvrages, la recette qu’ils se contentent de réemployer à chaque ouvrage, est élémentaire, primaire et serait aussi bien pondu par l’un des multiples logiciels spécialisés qui sont conçus en ce sens. D’où la remarque de Gigisampaï qui trouve que tous se ressemblent. Évidemment. On fournit à un type qui sait écrire un canevas type sur lequel il construit son texte. Donc à l’arrivée tous vont se ressembler, même si, comme c’est généralement le cas, ce n’est pas le même nègre qui intervient à chaque livre.
Ces spécialistes payés à la pige pour préparer les textes des auteurs qui signeront les bouquins, sont des professionnels très connus, fournis la plupart du temps par l’éditeur de l’ouvrage, qui est lui-même en affaire avec eux en permanence. Beaucoup sont payés au mois par l’éditeur qui les emploie. Leur liste et leurs références ne sont pas un secret. C’est simplement qu’ils ne figurent pas dans les annuaires de téléphone avec la mention « nègre d’auteurs connus ».
Mais cela n’a pas d’importance au niveau de la littérature. Soit c’est de la véritable littérature, de véritables œuvres originales d’auteurs qui ont du talent et quelque chose à dire, et cela se sait. Du moins dans les milieux où l’on estime la littérature et les romans à leur juste valeur. Mais ces bouquins ne sont, hélas, généralement pas achetés dans les milieux populaires.
Soit ce sont des « coups » d’édition, comme la majorité de ce dont certains éditeurs font des succès populaires. Musso et Levy en sont de parfaits exemples. Leurs bouquins ne valent strictement rien au niveau de la littérature. Dans un autre cadre que ce forum, j’écrirais que c’est de la bouillie pour personnes ne connaissant rien à la littérature et à ses codes, et qui se font plaisir en croyant lire un truc à la mode, dont la pub parle, donc forcément bon. Mais là je n’ose pas et je ne l’écrirais pas pour ne vexer personne.
C’est seulement la publicité que les éditeurs acceptent de payer à la sortie de chacun de ces livres, qui en font des évènements populaires. Ce ne sont pas les jugements des personnes qualifiées pour en faire une critique sérieuse, et qui eux savent de quoi ils parlent. Et quantités de gens les achètent, ces livres. Et qui plus est, les trouvent bien, ou du moins ne diront pas le contraire de peur de ne pas paraître dans le coup. Mais dans les vrais milieux littéraires, les livres de Musso et Levy font hausser les épaules.
La publicité fait vendre n’importe quoi. La preuve. Musso et Levy sont à la littérature actuelle très exactement ce que le peintre Boronali a été à la peinture. Tous le monde connaît l’histoire. La « bande de Picasso », monta une plaisanterie au Lapin Agile, célèbre cabaret de Montmartre. Ils fixèrent à la queue de Lola, l’âne de Frédéric Gérard, l’un des membres de la bande, un pinceau. Et plaçant une toile vierge devant l’arrière train de l’animal, et en l’excitant avec du tabac et des légumes après avoir trempé le pinceau dans de la peinture, et en le faisant à plusieurs reprises avec des couleurs différentes, ils firent peindre un tableau abstrait à la queue de l’âne. Sous le contrôle d’un huissier.
Ils présentèrent le tableau sous le nom de « Coucher de soleil sur l’Adriatique », réalisé par un certain Joachim Raphaél Boronali. La supercherie eu un très grand succès. Le tableau fut admiré par tout ce que Paris comptait de prétendus admirateurs de la peinture, et fut vendu très cher. La vérité ne fut connue que plus tard. Le scandale fut énorme, mais l’acheteur fit quand même une bonne affaire. Le tableau devint réellement célèbre. Ce qui me fait penser que je ne sais pas où il est actuellement. J’aimerais bien le voir. Il faut que je me renseigne.
Les « œuvres » de Musso et Levy sont exactement de la même eau. Elles sont à la véritable littérature ce que le tableau de Boronali fut à la peinture.